nov. 02, 21

Articles de Stokelp

Qu’est-ce qu’un surstock de matière première industrielle dans l’agroalimentaire ?

Les différentes industries :

En fonction de son activité, un industriel va avoir plusieurs cycles de vie de ses produits pendant l’année, son activité peut se décomposer selon les scénarii suivants :

  1. Produits stables : l’industriel produit à niveau équivalent les mêmes produits toute l’année, exemple : industrie laitière
  2. Produits égaux à volumes variables : l’industriel produit les mêmes produits mais avec des volumes différents tout au long de l’année, exemple : industrie des glaces qui va produire davantage en été mais ne s’arrête pas l’hiver
  3. Produits différents en fonction de la période : l’industriel ne produit pas les mêmes produits en fonction de la période de l’année, exemple : industrie de la soupe qui va produire de la soupe en hiver et du gaspacho en été
  4. Produits ultra saisonniers avant rupture d’activité : l’industriel produit toujours les mêmes types de produits mais ne peut les faire toute l’année, le reste de l’année l’activité de l’industriel est ralentie ou arrêtée, exemple : Industrie viticole où l’activité est rythmée par les récoltes et donc les saisons

Chacune de ces industries donc doit gérer ses approvisionnements matières en fonction de sa typologie d’activité.

Ce n’est pas parce que l’activité est stable sur l’année que l’approvisionnement est plus aisé. Chaque modèle comporte ses avantages et ses inconvénients.

La complexité de l’approvisionnement :

En fonction de son type d’activité, un industriel va devoir approvisionner des matières premières dans son stock afin de produire son produit final, exemple : l’industrie laitière s’approvisionne en citerne de lait, l’industrie des plats préparés s’approvisionne en légumes et viandes surgelés ou frais, …

Chaque matière première commandée va être régie par des spécificités :

  • Date limite de consommation (DLC)
  • Date limite d’utilisation optimale (DLUO)
  • Condition de stockage
  • Conditionnement particulier (bidon / fût / sac / carton / …)
  • Allergène potentiel

L’industriel ne peut donc pas commander tout de la même manière mais doit tenir compte de chacun des facteurs de chaque matière avant de la commander.

En plus de ces facteurs propres à chaque matière, l’industriel doit aussi tenir compte des contraintes de ses fournisseurs :

  • Délais de livraison
  • Minimum de commande
  • Panachage des commandes (le fait de pouvoir mixer plusieurs produits du même fournisseur dans un même camion)

On se rend compte à ce niveau-là que l’équation est compliquée, mais cela ne concerne que les facteurs externes.

En interne, l’industriel doit prendre en compte ses capacités de stockage et ses coûts de stockage. Effectivement, chaque matière à sa spécificité et l’industriel doit pouvoir être certain de la stocker dans les meilleurs conditions (frais / surgelé / ambiant).

Une fois qu’il a déterminé sa capacité, vient le problème de l’optimisation des coûts : si du stockage ambiant ne coûte pas cher, ce n’est absolument pas le cas du stockage surgelé qui peut s’avérer très onéreux, surtout lorsqu’on le sous-traite.

La commande des matières premières est donc un savant mélange de tous les facteurs précités que l’industriel doit mettre en adéquation avec son volume de production prévisionnel. Ce sont les prévisions de vente

Les prévisions de vente :

Pour répondre à toutes les contraintes vu précédemment et assurer un taux de service le plus élevé possible (taux de livraison validée VS commandes passées), l’industriel doit calculer son niveau idéal de stock de matières premières : c’est ce que nous appelons les prévisions de vente.

Elles sont généralement calculées à partir de plusieurs facteurs propres à chaque industrie :

  • Saisonnalité
  • Commande en cours
  • Activité des années passées
  • Facteurs climatiques

On les retrouve à plusieurs échelles temporelles (varie en fonction de l’activité) :

  • Prévisions stratégiques (sur une à plusieurs années)
  • Prévisions tactiques (sur un à plusieurs mois)
  • Prévisions opérationnelles (sur une à plusieurs semaines)

Un service est généralement dédié uniquement aux prévisions de vente tant l’impact financier est important en fonction de leur véracité.

Cependant, comme leur nom l’indique, les prévisions ne restent que des prévisions et ne peuvent pas correspondre exactement à ce qui sera produit. Il y a donc des écarts entre les prévisions et le réalisé. 

De l’écart de prévision au surstock :

Comme évoqué, les prévisions ne peuvent pas correspondre strictement à ce que va réaliser l’usine. Le meilleur outil de prévision ou la meilleure équipe de prévisionniste pourra être plus proche du réalisé mais ne peut pas prédire l’avenir non plus.

Cela va donc générer des aléas :

  1. Une prévision trop élevée va générer des surstocks de matières premières (on a vu trop gros et on produit moins : il reste des matières premières en stock)
  2. Une prévision trop faible va générer de la rupture (on a vu trop faible et on ne peut pas produire l’intégralité de la commande)

Dans le cas 1. Le surstock n’est pas forcément problématique, il peut être utilisé dans une production future si sa DLUO ou DLC le permet. S’il n’y a pas d’opportunité pour le réutiliser ou que la DLC / DLUO ne le permet pas, ce surstock devient un problème : il devient de l’actif dormant !

L’impact des prévisions se fait alors ressentir car une trop grosse prévision génère des pertes sèches.

Voici ce que nous appelons dans l’industrie un surstock de matière premières.

Dans le cas 2. On arrive souvent à compenser le souci de rupture via la mise en place d’un stock de sécurité, il est donc souvent courant de retomber dans le cas numéro 1.

 

On comprendra donc aisément que, même avec les meilleures prévisions du monde, la génération d’un surstock de matières premières est inévitable. Ces surstocks peuvent être plus ou moins impactant sur le compte de résultat de l’entreprise en fonction de l’activité et des possibilités ou non de valorisation de ces matières premières.